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10/02/2005

Conflits d'intérêts

Depuis quelques mois, chaque auteur d'article scientifique médical est tenu de déclarer à la fin de sa publication si il a déjà reçu de l’argent de l’industrie pharmaceutique (voire si il est sous contrat –consultant ou autre-), et par qui a été payée l’étude.

Un premier bilan s’impose : presque tous sont salariés de ces firmes, et presque toutes les études sont financées en partie, ou totalement par ces dernières.

Est-ce bien ?

Oui, car si l’industrie pharmaceutique ne finançait pas la recherche, nous en serions toujours aux sangsues, et aux ventouses.
Non, car le risque de corruption des résultats (et de corruption tout court) est bien évidemment non négligeable. Par ailleurs, les firmes ne vont financer que des recherches potentiellement rentables

Un exemple ?

En 1966, Sodi-Palares un médecin mexicain remarque que si l’on perfuse une solution de glucose+insuline+potassium (« GIK ») à des patients en infarctus du myocarde aigu, la durée de l’infarctus diminue.
Vous imaginez le prix de revient minime du litre de cette solution.
Puis arrivent les premiers thrombolytiques, qui débouchent les coronaires.
Prix de revient : 750-1500€ l’ampoule de streptokinase (bien entendu, inaccessible pour le Mexique, et les autres pays du Tiers Monde).
Evidemment l’industrie finance des études, qui montrent en quelques mois l’intérêt de ces molécules (intérêt immense, un vraie révolution pour une maladie qui avait 50% de mortalité hospitalière à l’époque, contre 5% maintenant).Curieusement (…), Sodi-Palares ne trouve personne pour financer ses recherches.

Le temps passe, les thrombolytiques sont remplacés par l’angioplastie simple, puis les stents, qui deviennent actifs depuis peu (environ 2200-2300€ par stent)
Les thrombolytiques sont toujours utilisés par les pays du Tiers Monde (Brésil, Mexique.., pas trop pauvres quand même), et certains hôpitaux périphériques en France (Eh oui, quand ils sont trop éloignés d’une table de coronarographie, vaut mieux un thrombolytique que rien du tout…).
Cette année, après 39 ans, est sortie la première étude valable sur le GIK (The CREATE-ECLA trial. JAMA. 2005 Jan 26;293(4):437-46.)
Plusieurs pays en voie de développement (belle hypocrisie…) ont regroupé leurs fonds publics pour la financer.
Alors ?....
Malheureusement pour les rêveurs et idéalistes qui auraient aimé une fin heureuse pour cette lutte inégale, le GIK ne marche pas.

L’auteur déclare être sous contrat avec la branche diagnostique des laboratoires Roche (Roche Diagnostics France, Meylan),
avoir voyagé tous frais payés grâce à l'industrie (Monaco, Paris, Prague, Oslo, Calvi (mon meilleur souvenir), Barcelone,- j'ai loupé la Martinique en décembre....-, bientôt Cagliari, jamais en dessous d'un ****),
avoir mangé des centaines de fois à l'oeil,
avoir reçu des centaines de stylos, règles ECG, pointeurs laser, kits manucure, serviettes en toile, blocs-notes, clés USB, savon liquide, portefeuille en cuir, presses papier, portes-clef, agendas, lampe de bureau type "banker", échantillons pharmaceutiques...,
mais il déclare n'avoir jamais couché avec une visiteuse médicale (il ne faut pas exagérer, restons éthiques).