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23/07/2005

Le doute tue (suite)

medium_doute.jpgJ’ai un peu réfléchi à cette histoire, pour essayer d’en tirer une leçon.
Mais je suis persuadé qu’une situation semblable est malheureusement inéluctable.
Chaque médecin examine un patient avec ses 5 sens, et son sixième.
Ici, se retrouvent un premier type d’erreur, en cas d’examen ou d’interrogatoire incomplet.
Ce sont les erreurs des débutants, ou des orgueilleux.

Cet ensemble de « capteurs » mène directement à un « décodeur », qui fait la synthèse de l’ensemble des informations enregistrées. Je suis persuadé que le « décodeur » de chacun est différent en fonction de la spécialité, du vécu…
Ainsi, des oedèmes des membres inférieurs identiques vont évoquer immédiatement différents diagnostics en fonction de la spécialité du médecin : cardiologue, néphrologue, angiologue….
Il est très difficile de s’affranchir de cette première impression.
En fait, en temps que cardiologue, je vois majoritairement des cardiaques (heureusement). Donc je vais immédiatement penser « insuffisance cardiaque » devant des oedèmes, et j’aurais raison dans 99% des cas. Bien sûr, les examens complémentaires vont affirmer ou infirmer l’hypothèse.
Mais c’est clair que, à force de voir des cardiaques, ma capacité à évoquer des diagnostics différents va en diminuant. C’est ce prisme, qui va induire le second type d’erreurs, les erreurs par obnubilation (être privé de discernement, au sens étymologique du terme).

Mais, ce n’est pas le décodeur qui mène à l’action, mais la somme des connaissances acquises en cours, et surtout celles acquises sur le terrain (« j’ai déjà vu cela avant… »).
Et celle çi est obligatoirement incomplète.
D’où un troisième type d’erreurs, celles commises par méconnaissance. Et encore une fois, mes connaissances ne représentent qu’une fraction de la Connaissance Médicale qui augmente tous les jours.

Mon sixième sens (on en a tous un) m’a parfois tiré de situations délicates, mais ici, il ne m’a pas aidé.
Le décodeur aussi parfois, c’est celui qui permet des diagnostics brillants et quasi instantanés, mais ici, il ne m’a pas aidé.
La connaissance livresque ou de terrain assure la majorité du travail, mais ici, elle ne m’a pas aidé.

Le prochain pied douteux que je verrai me rappellera cette histoire, et je ne le louperai pas.
Mais d’autres situations se présenteront obligatoirement, celles que l’on trouve typiquement en marge de la courbe de Gauss, les raretés, ou les évènements improbables.
Et là encore, je me tromperai.

Mais cela ne me fait pas peur, ni ne me paralyse dans ma pratique.
Tout médecin vit avec.
De plus, je pense que ma balance professionnelle est très largement positive, puissent Anubis, Thot le Greffier, et Osiris le Juge, m’en être témoins.

L’erreur médicale est au médecin ce que la mort est à la vie, ils sont indissociablement liés.

17:50 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0)

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