« 2007-11-23 | Page d'accueil
| 2007-11-26 »
24/11/2007
Télémédecine (via SMS).
Parfois, on tombe sur des patients fabuleux.
La semaine dernière, je reçois un patient après une intervention de chirurgie cardiaque.
40-45 ans, lui et sa femme sont très sympathiques. Il a une profession libérale, et le courant passe vite.
Au cours de la semaine, une échographie cardiaque montre un épanchement péricardique. C’est assez banal après une chirurgie cardiaque, mais le sien est assez abondant et mal placé (juste en regard du ventricule droit). En cas d’évolution défavorable, il pourrait tout à fait faire une tamponnade.
Je le contrôle de nouveau vendredi et l’examine. Je le bourre de corticoïdes en espèrant que l'épanchement est d'origine inflammatoire.
Il avait extrêmement hâte de sortir en permission ce samedi et ce dimanche, et je n’ai pas eu le courage de l’annuler. Je lui donne mon numéro de portable pour me contacter en cas de problème, même mineur. Je prends mon temps pour lui expliquer.
- Mais je vous préviens, aucun effort durant ces deux jours.
- D’accord, pas de problème.
- L’interdiction comporte aussi les câlins.
- Oh ! Noooon !
-Et si…
- Ce n’est pas possible…
- Uhmm, c’est d’accord, mais je vous interdis de bouger !
Grosse rigolade.
Nous retournons dans sa chambre ou nous attend sa femme.
Je lui explique tout jusqu’au moment des câlins. Il reprend la parole :
- C’est d’accord, mais je n’ai pas le droit de bouger.
Elle éclate de rire. Je me tourne vers elle.
- Mais, ça vous laisse néanmoins un éventail encore considérable
Rires.
J’insiste encore sur le point qu’ils peuvent me contacter à toute heure.
- Mais, mon portable étant du côté de mon épouse, je vous demande simplement de ne pas dire « Nous avons fait un câlin et ça va pas » à 3h00 du matin, si elle décroche. Elle pourrait ne pas apprécier !
Ils me promettent de faire le/les câlin(s) avant 22h. Je discute un peu : 20h !
Je sors de la chambre hilare.
Ce matin, je le réexamine de nouveau : tout est en ordre.
Il part en permission.
13h15, un SMS :
« Jusque là tout va bien. Merci, bon WE »
Je lui renvoie :
« Félicitations ! »
15:25 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (6)
Prescience.
« Pseudo science » tranche Wikipedia.
Je suis bien d’accord.
Mais la prescience fait partie du quotidien de notre métier.
Vous arrivez devant un patient, vous l’interrogez, vous lisez son dossier, vous l’examinez, et vous savez qu’il va lui arriver malheur.
Ses futures souffrances, épreuves et mort étourdissent subitement votre esprit.
Vous continuez à lui parler, vous souriez pour donner le change, lui aussi.
Vous n’êtes plus tout à fait avec lui, vous voyez ce qui va lui arriver, et vous vous sentez écrasé par l’inéluctabilité.
Mais vous devez continuer à sourire, coûte que coûte.
Ca m'arrive parfois, ça m'est arrivé hier avec un gentil patient qui a fait un gros infarctus.
Il ne le sait pas, mais la messe est dite.C’est une certitude, et malheureusement, en général, je ne me trompe pas.
Autre chose qui va vous paraître très prétentieux (mais ce ne l’est pas du tout dans mon esprit) : la connaissance et l’expérience sont parfois un énorme fardeau.
Ce sont les seuls moments où je trouve mon métier difficile.
11:05 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (1)




