20/08/2008
Est-ce que ça en vaut la peine?
C’est encore un article remarquable du NYT qui pose la question pour la vaccination anti HPV.
L’article compare les efforts commerciaux titanesques des laboratoires pharmaceutiques pour promouvoir leur vaccination « anti cancer du col » d’un côté, et les "bénéfices" réels escomptés de l’autre.
Je vous conseille vivement de le lire.
Pour les flemmards, trois petits extraits ci-dessous :
“The lightning-fast transition from newly minted vaccine to must-have injection in the United States and Europe represents a triumph of what the manufacturers call education and their critics call marketing.”
“Merck lobbied every opinion leader, women’s group, medical society, politicians, and went directly to the people — it created a sense of panic that says you have to have this vaccine now,”
“Health economists estimate that depending on how they are used, the two cervical cancer vaccines will cost society $30,000 to $70,000, or higher, for each year of life they save in developed countries”
Pour mettre en relief le dernier extrait, cette carte de l’incidence annuelle du cancer du col pour 100000 femmes. Les dégradés de vert représentent les pays les moins touchés, les jaunes et rouges, les plus touchés. 80% des cancers surviennent dans les pays « en voie de sous développement », ce n'est pourtant pas là-bas que l'effort de diffusion du vaccin est mené. Curieux. Je présume que les laboratoires vont commercialiser dans quelques années un vaccin à très bas coût pour apporter cette "avançée médicale" là où les gens en auraient le plus besoin, après avoir rentabilisé leurs investissements. Comme pour les traitements anti HIV et anti cancéreux, si vous voyez ce que je veux dire...
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Drug Makers’ Push Leads to Cancer Vaccines’ Fast Rise
By ELISABETH ROSENTHAL
Published: August 20, 2008
The New York Times
Drug makers call the rapid deployment of a vaccine against cervical cancer education, but their critics call it marketing.
09:55 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0)
Une professionnelle de santé
45-50 ans environ, aide-soignante probablement depuis 15-20 ans à l’hôpital public. Elle aura bientôt sa médaille d'argent du travail.
Son ancienneté pour tout viatique intellectuel. Un aplomb de sergent-major, notamment avec les patients. Je suis certain que vous pouvez l'imaginer: tour à tour jouant les imbéciles ou les onctueuses avec la hiérarchie, et systématiquement les despotes avec les patients.
Ce matin j’écoute d’une oreille distraite ce qui se passe dans le secteur d’à côté où elle officie (nous partageons en ce moment les mêmes locaux).
Ce matin, elle a bloqué le terminal de lecture de la carte vitale en tapant plus de troix fois un code erroné. Comme si taper et retaper le même code faux le rendait bon à partir d’un certain nombre de fois.
Elle joue la mauvaise foi comme une symphonie, et exige des patients leur attestation de carte de sécu pour couvrir son ânerie. Bien sûr, ils ne l’ont pas. Préalablement, elle a disputé sa correspondante à la « hotline » informatique qui ne pouvait rien pour elle.
Un esprit de synthèse et une implication dans son travail énormes, aussi.
Elle répond à un ouvrier qui cherchait une infirmière (on est en pleins travaux) qu’elles n’étaient pas encore arrivées. En fait, elles étaient dans la pièce d’à côté, et c’est l’une d’entre elle qui a fait l’ouverture ce matin.
Une sacrée professionnelle de santé qui fait honneur au credo trinitaire de l’hôpital public :
« C’est pas mon malade.
J’étais pas là hier, ch’suis pas au courant.
Marchez pas dans le mouillé siouplait ! »
09:03 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (7)
19/08/2008
Les globules.
Histoire vraie, horrible (et comme souvent désespérément comique) arrivée à un ami très proche, confrère cardiologue.
Une habitante de l'immeuble, la cinquantaine se sent très fatiguée et a de la fièvre.
Comme son généraliste est en vacances, elle lui demande, via son épouse, un bilan biologique.
Les résultats sont cataclysmiques : polynucléose hyperleucocytose avec 80% de blastes.
Le labo appelle mon ami, qui appelle le centre anti-cancéreux de la région.
Il demande à parler à un hématologue, tombe sur un médecin et lui raconte l’histoire.
« En effet, mais moi, je suis spécialisé dans les globules rouges. Donnez moi vos coordonnées, je vais demander au service d’à côté qui est spécialisé dans les blancs de vous rappeler ».
Quand je pense que je croyais qu’avec nos spécialistes de l’ablation de la fibrillation auriculaire, ou de P2 (quadrant médian de la petite valve mitrale) nous étions les plus hyperspécialisés….
19:29 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (7)