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21/03/2007

Bonne question, mais réponse récente.

medium_tabac.jpgLe 19 mars dernier, le respectable journal « Hypertension » a publié un article intéressant sur le retour à la normale de la paroi artérielle après l’arrêt du tabac.

 

C’est vrai que la question qui est souvent posée par les patients n’avait pas vraiment de réponse jusqu’à présent.

« J'ai arrêté de fumer, dans combien de temps mes artères vont redevenir comme avant ? ».

 

Et bien, si on s’intéresse au paramètre de la rigidité artérielle, il faut une bonne décennie pour effacer les effets néfastes du tabac.

 

D’où plusieurs remarques :

 

  • Ne jamais commencer à fumer.
  • Le sevrage tabagique doit avoir une priorité élevée pour le médecin et son patient, surtout après un premier accident vasculaire (je viens de recevoir un patient de 41 ans après un infarctus antérieur. Il fumait 1 paquet par jour malgré un précédent infarctus, inférieur cette fois en 2001).
  • Une fois sevré, il faut lutter tous les jours pour ne pas replonger. 10 ans, c’est long.
  • Estimer l’efficacité d’un traitement (ou d’une action) visant à prévenir une rechute à 6 mois est une vaste escroquerie intellectuelle.

19:05 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (4)

Le point de bascule.

Ce matin, döppler systématique chez un diabétique de 75 ans.

Il est aveugle à cause d’un glaucome.

Sa fille l’accompagne et m’aide à l’installer.

 

Döppler des TSAO : pas de problème.

Aorte : pas de problème.

Je cherche les iliaques. Je croise la route, comme bien souvent, de la vessie qui est pleine.

Je vois alors une masse tissulaire qui a vraiment une sale tête, d’un peu plus de 50 mm, se développant aux dépens des tissus péri-vésicaux et qui s’avance comme une péninsule dans la vessie.

 

Je demande au patient si il a des problèmes de vessie et s’il urine rouge.

 

« Non, pas de problème, et je ne me vois pas uriner. Pourquoi ?

Euh, ah oui. Non, pour rien. ».


Membres inférieurs : pas de problème.


Je dicte mon compte rendu en précisant qu’il faut réaliser d’autres examens (je suis bien entendu incapable d’analyser une masse vésicale).

 
Cancer de la prostate ou de la vessie à un stade avancé ? Je fais un signe discret à sa fille pour lui dire ce que je pense avoir trouvé.

 

La vie de son père vient de basculer.

20/03/2007

Une époque se termine.

Je les avais achetés en 1998 ou 1999.

Mais aujourd’hui, j’en ai acquis des neufs.

Ils sont devenus tellement peu présentables et usés, que je les cachais sous des surchaussures en tissu (surtout pas celles en matière plastique bleue, sauf pour les amateurs de Penicillium roqueforti).

 

Au début, j’étais totalement contre, trop dangereux en cas de course contre la mort dans les couloirs. Puis un soir, je devais avoir des ampoules aux pieds, et j’ai pris ceux de mon co-interne.

J’ai été conquis.

 

Ils m’ont accompagné pendant une grande partie de mon internat, mon séjour à Paris, mon assistanat et  encore maintenant pendant mes gardes de réanimation.

Je me suis toujours dit qu’ils pourraient me servir d’arme de jet à deux coups en cas de besoin. Heureusement le cas ne s’est jamais présenté, même dans le service d’accueil des urgences le plus chaud de la région.

 

J’ai aussi fait des bêtises avec : du genre passer la journée (et la nuit) dedans, sans chaussettes. Même remarque que pour les surchaussures, avec en plus une magnifique ampoule semi circulaire sur le cou de pied. D’où l’alternance Biafine/Amycor pendant les 10 jours suivants.

 

En cas de staff particulièrement pénible, il m’arrivait de jongler avec en faisant des mouvements de flexion/extension du gros orteil, ce qui immanquablement les faisaient chuter sur une surface dure de préférence. Vous savez, ce bruit caractéristique, bien biphasique : cloc-cloc (talon puis pointe, ou vice versa). D’un autre côté, ça avait l’avantage de réveiller tous les somnolents autour de la table (le patron compris).

Je ne me suis tordu (et encore, un peu) la cheville qu’une seule fois, en courant derrière mon interne (celui qui est devenu coronarographiste) pour l’arroser d’alcool en mesure de rétorsion d’un probable casus belli indiscutable. Mais en courant pour sauver un patient, jamais. Et pourtant, j’ai souvent couru.

 

Je vais les regretter.

Ils symbolisent toute ma vie hospitalière avec ce qu’elle a de magnifique : la camaraderie, de belles urgences, des drames qui se terminent bien.

Maintenant, c’est plus pépère. Je ne sais même pas pourquoi j’ai repris des sabots ; j’aurais dû m’acheter des charentaises. Peut-être pour les gardes, mais je compte en faire moins, car je n’ai plus la santé pour courir d’une garde à l’autre.

Je suis un cardiologue embourgeoisé.

Des confrères aigris, des urgences qui n’en sont pas (constipation opiniâtre, ou consultation « urgente » avant un bloc du lendemain 8h00), toujours des drames. Si je cours encore dans les couloirs, c'est pour assister à la nième réunion d'accréditation ou de codage PMSI.

 

Je regrette.

 

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