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05/08/2005

Alors ?

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Alors ?

Alors rien.

Rien ? Tu n’as rencontré personne ?

Non, un dentiste et un architecte.

Ah bon, et alors, ils ne te plaisaient pas ?

Non, je suis bien toute seule, je suis bien tranquille.

Pourquoi, ils ne te plaisaient pas ?

L’architecte était puant, le dentiste pas mal, mais pas trop mon genre, puis il préférait Cathy.

Tu n’aurais jamais du aller à cette fête avec elle !

Salaud !

Et alors, vous allez vous revoir avec le dentiste ?

Euh, oui, on s’est donné rendez-vous pour faire des courses à Bandol. vendredi prochain, avec Cathy.

Tu ne vas pas y aller avec Cathy, quand même ? Tu veux tenir la chandelle ?

N’importe quoi, on n’y va pas pour ça, et je ne veux pas y aller seule…

Ah bon, et pourquoi donc un type irait avec deux filles faire les courses en bord de mer, surtout à Bandol, après une soirée ? A plus forte raison si il trouve une des filles à son goût…

Mais non, ce n’est pas pour ça. J’en ai marre d’être solo, j’en ai marre de mon nom, je veux en changer en 2006 !

C’est pas en tenant le chandelier que tu vas y arriver, tu devrais changer ta stratégie, et les attaquer en leur susurrant sensuellement à l’oreille « Change moi mon nom »…

Ca les ferait fuir….

Peut-être pas, qui sait.

Je ne veux pas m’appeler pour toujours « Mademoiselle Main», si d’ici 10 ans je n’y suis pas arrivé, je prends le nom de jeune fille de ma mère.

Tout à l’heure, c’était un an, tu déprimes de plus en plus…

Umffff (gros soupir)

Et Georges, des nouvelles ? Il est rentré des Antilles ?

Comment tu sais ? Qui t’as raconté ça ? Lise ?

Mais non, c’est toi, sûrement pas Lise, je ne peux pas la voir.

Je ne t’ai jamais raconté ça, lise m’a envoyé sa photo par mail avant-hier, et il m’a téléphoné le même jour. Qui t’as raconté ça ?

Mais personne, c’est même toi qui m’as dit qu’il s’appelait « Vandentrucmuch », et que tu y perdrais peut-être en y laissant ta « Main » (Ouarfffff). Tu as fait un AVC,tu ne te souviens plus de ce que tu m’as dit hier.

Mais tu n’étais pas là hier !

Tu racontes n’importe quoi, arrête de fumer la moquette, on a déjeuné ensemble…

Ah oui, peut-être….

Et il revient quand, Georges ?

 

Mais je ne sais pas, je ne le connais même pas, je ne l’attends pas.

Il est bien, sur la photo ? Il a une belle voix?

Il est canon, et il a une voix assez sensuelle

Il arrive par quel vol ?

AF5623, 7h55, le 17 août.

 

Texte en grande partie tiré du réel, hormis les noms et la chute, j’espère que l’héroïne me pardonnera. Sinon je suis prêt à lui prendre tous ses samedis d’astreinte pendant 6 mois.

04/08/2005

Stat Rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus.

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Cette phrase est la dernière du roman de Umberto Eco, « Le Nom de la Rose ».

J’ai lu ce roman une bonne demi douzaine de fois entre le collège, et il y a peu.

Je n’ai jamais su ce qu’elle signifiait (ce ne sont pas mes années calamiteuses de latin qui pourraient m’aider….).

A vrai dire, je ne l’ai jamais trop cherché.

Depuis aujourd’hui, je le sais.

Comment ?

Grâce à internet, bien sûr, mais plus précisément grâce aux blogs.

Pour être plus précis, grâce à une remarque de Alexandre sur le blog de Fuligineuse : « De la rose il ne reste que le nom, les noms restent, mais dépouillés de contenu ».

Il y a même la référence de cette citation : « (Bernard de Morlaix, XIIème siècle, Comtemptu Mundi, in Umberto Eco, Le Nom de la Rose)».

Et alors ?

Je me suis fait deux remarques.


La première est qu’une part de plus en plus grande de l’information se trouve maintenant dans les blogs.

Faîtes en l’expérience, « googlez » cette citation, et comptez le nombre de blogs cités (dans quelques heures/jours, cette note, issue de mon blog le sera).

Initialement nichée dans deux ou trois sites latinisants peu accessibles, cette miette d’information se retrouve multipliée, amplifiée, voire déformée (dans un forum, cette traduction peu académique : « Selon les stats, Rosa et Christine sont nominées, votez par SMS pour sauver votre favorite »).

Internet et plus particulièrement les blogs sont, en partie, des parcelles de la Connaissance, qui se connectent.

A vrai dire, il y a aussi beaucoup de déchets…


Deuxième remarque.

La citation en elle-même est vertigineuse de vérité.

Si je recherchais le nom de mon arrière arrière grand père, je me retrouverai en effet devant une enveloppe vide de sens. Pourtant, il a vécu, et a eu de l’importance, à son petit niveau, certes, mais il a existé.

Maintenant, plus rien.

Sans aller aussi loin, mon premier grand amour s’appelait Emmanuelle. C’était au collége, en sixième. Son prénom faisait alors battre mon cœur à la chamade, elle occupait toutes mes pensées.

Et maintenant, rien.

C’est en cherchant un exemple pour cette note que je me suis souvenu de son nom, devenu vide de sens.

 

Puisque c’est la soirée « réflexions de comptoir », je vais boucler le Temps, afin qu’il se touche, tel un ruban.

Et cela, sous vos yeux, dans cette note.

Attention, et hop :

 

« La phrase que j’écris en ce moment est celle que vous lisez en ce moment.»

 

J’ai fait se toucher deux instants distincts, le mien (22h56min30sec, le 04/08/05), et le votre.

 

Ce n’est pas de moi, j’ai trouvé ce tour de magie temporelle dans « Le tableau du Maître flamand » de Arturo Perez-Reverte, que je lis actuellement.

 

Bonne soirée à tous/toutes.

 

23:05 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (7)

La consultation du mercredi 3 août 2005

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Depuis quelques mois, j’ai repris une vacation dans mon service.

Hier, ils sont revenus m’apporter les résultats d’examens que je leur avais demandé de pratiquer le mois dernier.

Dans la salle d’attente, ils sont assis tous les trois côte à côte, la mère, le fils, et le beau père.

Ils me font un signe amical que je leur rends.

Comme ça, ils n’ont l’air de rien, mais je les connais.

Je sais que la consultation va être grandiose, je pousse un petit soupir, et les appelle.

Ils rentrent en file indienne.

 

Le beau père a la soixantaine, il est râblé, nerveux, de rares cheveux grisonnant tombant de façon désordonnée sur un visage vultueux, évoquant les petits apéritifs pris entre amis, ou tout seul sur une table de cuisine, dans un petit appartement surchauffé d’un des immeubles miséreux du centre-ville.

 

La mère est mate de peau, quelques dents de devant manquent, elle a un pansement sur le côté gauche du décolleté, qui est curieusement collé en travers d’une petite chaîne en métal doré.

 

Le fils, le patient, est âgé de 37 ans. Il commence à perdre ses cheveux noirs et raides. Il tente de le cacher en adoptant une coiffure déstructurée, ou est-ce simplement l’œuvre du hasard ?

Il bafouille un peu quand il est mal à l’aise. Il travaille chez Mac Donald, et il vit encore chez sa mère et son beau père.

Il fait des malaises vagaux, et c’est pourquoi la famille est venue me voir il y a un mois. Le père du patient était épileptique, et serait mort de ça, ou du cœur, on ne sait pas trop.

 

Moi, je suis habillé en chemisette à carreaux, manches courtes, stéthoscope autour du cou, jean bleu et sandalettes (on est dans le Sud…). J’attends la suite avec crainte, et un brin de fatigue car la garde de la nuit dernière commence à faire son effet.

 

«Tous les examens sont normaux, je n’ai pas décelé de problème cardio-vasculaire.

 

- Le beau-père : tant mieux, ma fille faisait de l’épilepsie et de la spasmophilie, je l’allongeais, et je lui faisais respirer dans un sac en plastic. Quand elle avalait le sac, c’est que ça allait mieux !

 

- La mère : pourquoi il fait ces malaises ?

 

- Et bien, il fait ces malaises car le système qui contrôle le cœur et la tension marche un peu trop bien chez votre fils. Il faut qu’il évite les émotions, les endroits confinés, et qu’il sale un peu plus son alimentation.

 

- Le fils : la dernière fois que je suis tombé dans les pommes, c’était dans une clinique.

 

- Le père : une question, comment font les types qui sautent de ponts avec un élastique ? Ils doivent avoir le cœur solide !

- En même temps, le fils me pose une question à voix presque basse : je me fais des jus d’oranges et de citrons pressés, ça ne pose pas de problème ?

 

- Uhmmm, ça n’a aucun rapport, ils ont le cœur bien accroché ! Non, pas de problème avec les jus de fruits.

 

- Moi, j’étais chez les paras, et je n’ai eu jamais peur !

 

- La mère : son père était épileptique, et on a eu peur que ce soit ça…

- Le fils, en même temps : Parce qu’au travail, je m’énerve souvent avec les clients, et il fait chaud prés des cuisines !

 

- Le père, assez fort : il lui faut une femme !

- Je fais mine de gribouiller : je peux vous faire une ordonnance si vous voulez !

Ils s’esclaffent tous les trois.

 

- A votre travail, il n’y a donc pas de jolies petites ?

 

Il esquisse une réponse mais sa mère répond à sa place.

- Si, mais il est tellement timide, que quand il leur demande, elles sont déjà parties.

Son beau père renifle de dédain. Vous savez, son père était épileptique, il est mort de ça.

 

- vous n’avez pas de traitement à prendre, sauf si cela recommence, alors revenez me voir.

 

- Le père : j’ai un ami qui est mort du cœur brutalement, sans prévenir, alors qu’il était en pleine forme.

- Ca peut arriver.

 

Je me tourne vers le fils :

- Buvez bien, mangez un peu salé, ça ne devrait pas poser de problème chez Mac Donald !

 

- Le père : le Coca-Cola, il n’y a rien de pire, ça attaque le métal !

 

- La mère : nous sommes allé voir le neurologue de son père qui nous a dit d’aller voir un cardiologue.

- Ne vous inquiétez pas, tous les résultats sont normaux…

 

- Le fils : la dernière fois que j’ai fait le malaise, c’était dans une clinique.

- Evitez les cliniques, la vue du sang, les endroits confinés, chauds, ou il y a beaucoup de monde.

- Je peux m’éclater en boîte, quand même ?

- Euuuuh, oui, bien sûr, pas de problème !

 

Je me suis levé pour clore la consultation.

Je pense que malgré tout, le père avait la clé du problème.

Il lui faut en effet une femme qui puisse l’extraire de ce milieu familial étouffant, ou même le Dalaï-Lama ferait des malaises vagaux.